Chile – Panguipulli : une école pas comme les autres

Après 2 (super) semaines derrière le bar du MP à Bariloche, il est temps de me remettre en route avec Qispy : malgré les quelques (gros) doutes instillés par mes récentes chutes, j'ai décidé de continuer l'aventure à moto. 

les feux sur la playa de Bariloche, parmi les meilleurs moments de mon voyage :D
Cap de nouveau sur le Chili, que j'atteindrai par le Paso Tromen cette fois - entre San Martin de Los Andes (ARG) et Pucon (CHI) - un itinéraire bien sympa. Première destination : la casa-escuela de Kathy, à quelques km de la ville de Panguipulli (j'aime ce nom).

volcan Lanin
lago Tromen
lago Calafquen

Plantons le décor : maison en terre, cabaña en bois, toilettes sèches, dôme en construction au milieu de 150ha de bosque nativo, soit une immersion totale dans la nature :) et vu le changement de saison, il commence à faire froid dans ces contrées-là : l'occasion pour moi d'apprendre à utiliser une hache et faire du feu ! :D

si t'as besoin de faire du petit bois, appelle-moi ;)
J'ai aussi pu m'essayer un peu à la construction en terre une après-midi avec Lalo, le compagnon de Kathy, mais j'étais surtout là pour épauler Kathy dans les débuts de son escuelita alternativa, qu'elle base sur la pédagogie Waldorf.
Un lieu d'éducation en pleine nature, où 3 matinées par semaine, 9 « élèves » de 2 à 17 ans se réunissent pour apprendre autrement.
Tous les gosses viennent d'école « formelles » et ce sont les parents qui ont décidé de les sortir du système et de tenter l'expérience. Parents très impliqués, qui se soucient de bien occuper leurs gosses en dehors de la escuela, à coup de diverses activités (musique, sport). Et qui sont même venus un dimanche pour aider à la construction d'une terrasse à l'occasion d'une réunion parents-prof :

c'était pas comme ça les réunions à mon époque! xD
Apparemment les escuelas alternativas sont plutôt communes au Chili de ce que m'en a dit Kathy, et chaque année de plus en plus d'élèves passent les examens en candidats libres ... le Chili, un exemple à suivre ?(mais pas son système éducatif officiel apparemment...)

Bon, mais qu'est ce que je vais bien pouvoir faire moi ? Même si c'est un domaine qui m'intéresse énormément, les pédagogies alternatives, je n'y connais rien...
Ainsi, la première semaine, je me suis pas vraiment sentie utile : Kathy étant toujours en repérage, les niños apprenant à se connaître...
D’ailleurs pour l'aider à mieux connaître leurs centres d'intérêt – à part la musica, car ils jouent quasi tous d'un instrument – elle a instauré que chaque matin un élève fasse un « cours » sur le sujet qu'ils veulent : musique, danse, cartes Pokemon (ouais, toujours populaire 20 ans après!), science....

Mi, mi, mi, mi...
massages à la chaîne :)
élaboration de shurikens (étoiles ninja) avec des bâtons à glace :)
atelier de tissage avec les doigts (oui, j'étais très concentrée)
Le 2e semaine Kathy a commencé « ses cours », et c’était intéressant de voir comment elle gère des tranches d'âge et des personnalités si différentes, autour d'un même thème - thème du mois d'avril "la communauté".


C'est à des années lumières du système que j'ai connu, vu l’organisation – liberté quasi totale des gosses, respect de leurs aptitudes et leur personnalité – et le cadre – un bosque nativo qu'ils vont explorer au moins 1 fois à la semaine – mais tu sens que ça va fonctionner, une fois que ce sera mieux huilé – la escuela n'a commencé qu'en mars, donc après 12 matinées c'est toujours le début... . Parce qu'au fond l'enseignement principal c'est qu’ils apprennent (de manière quasi autonome) à vivre en communauté :)

repérage des arbres typiques de la selva valdiviana

sympa la cour de récré, non?


D'ailleurs j'aurais bien aimé revenir dans quelques mois, pour voir comment Kathy aide ceux qui auront un examen « formel » à bosser les connaissances requises tout en se basant sur leurs aptitudes personnelles et celles qu'ils ont besoin d'acquérir – c'est ça au fond qui m'intéresse le plus : comment enseigner des sujets « classiques » de manière alternative :)


Ça a été aussi l'occasion de revenir en enfance : « 1,2,3 soleil ! », tu te rappelles? Les gosses ont adoré – et moi aussi je l'avoue – et ont appris quelques mots de français.

je t'ai vu bouger!
Et le dernier jour Qispy a été l'attraction : c'était marrant de les voir tous contents monter, mettre le casque, et démarrer !

"après c'est mon tour!" :)

En tout cas, en épaulant du mieux possible Kathy, en voyant comment les gosses sont épanouis et heureux de venir, et en visionnant le documentaire argentin « La educacion prohibida » (que je recommande si tu es intéressée par le sujet), je suis de plus en plus persuadée que le système scolaire actuel n'est plus d'actualité.
Et si un jour je deviens « prof » (un de mes nombreux projets en tête...) ce sera dans une escuela alternativa. Autant j'aimerais bien aider un projet, autant je ne me lancerai pas dans la (bonne) folie d'en monter un parce que c'est du boulot ! Même si tu n'as qu’une dizaine d’élèves.

Au final, moi qui était censée aider Kathy, je crois que je suis celle qui repart avec le plus d'enseignements, reçus de la part de ces gosses qui sont déjà bien grands malgré leur jeune âge :)
j'ai eu droit à un desayuno de despedida
et même un cadeau de Millanka :)
ils vont me manquer ces niños!   


Argentina – Los Alerces, ma thérapie du ripio

Parmi les nombreux parques nacionales situés en Patagonia, un attirait particulièrement mon attention : le PN Los Alerces, vers Esquel à 300km, au sud de Bariloche .

A en croire les guides de voyage, c'est un des plus beaux PN et il est très peu visité (mieux d'avoir son propre véhicule en effet). Comme c'est sur ma route, autant en profiter pour faire un détour, surtout que j'ai trouvé un CS dans la ville d'Esquel :)
Sauf qu'entre temps, je suis tombée avec Qispy, et que désormais dès que je quitte l'asphalte je me crispe énormément, tout ce qu'il faut pas sur du ripio...Et il paraît que dans le parc c'est que du ripio, gloups... :s  Mais du bon apparemment...

Bref, après pas mal d’hésitations, la météo étant bonne, j'ai pris sur moi, et je me suis dit qu'il fallait que j'essaie de combattre cette appréhension, parce que sinon l’aventure moto allait tourner court - et oui, je sais bien que je n'en suis pas débarrassée de ce ripio...
Et puis si je me sens vraiment pas à l'aise, je fais demi-tour, tant pis pour le droit d'entrée à $250 (en vérité, j'ai réussi à payer le prix comme les nationaux, soit $125, jaja)...

Au final, j'ai fait dans les 60 bornes de ripio, et ça allait, j'ai en effet repris un peu confiance, c'est un bon début :)
Et niveau paysages alors ?! Parce que tu t'en fous de mes états d'âme à moto ^^

C'est vrai que j'ai vu de jolis coins, mais c'était pas exceptionnel... Blasée, moi ? Disons que je pense qu'en 1 journée c'est difficile d'apprécier toute la splendeur du coin.
Pour moi c'est un PN qui vaut le coup si tu as tout pour camper en autonomie et y passer 4-5 jours, ce qui n'était pas mon cas – et il commence à faire frisquet la nuit dans la région, donc camper ne m'attire guère.
Allez, je te laisse admirer les quelques recoins visités :

cascada Yrigoyen
pasarela rio Arrayanes
rio Arrayanes
aaaahhhh, ce bleu!!!!
un alerce, arbre qui donne son nom au parc
glacier Torrecillas, au fond
pas si verte, la laguna verde mais ça reste sympa :)
Le droit d'accès est valable 48h (si tu sors du PN), et te permet d'aller faire aussi un tour vers le barrage de Futaleufu qui alimente en électricité une bonne partie de la province de Chubut (jusqu'à Puerto Madryn, sur la côte atlantique!).
Et mon hôte CS, Mariana, m'y a gentiment emmenée – pour les locaux, l'accès au PN est gratuit - donc pas besoin de rouler plus sur du ripio. Une belle balade avant de reprendre la route pour atteindre Bariloche, l'aprem même.



du boiiiiiiiiis!!!! et y avait de belles pièces "sculptées" naturellement

rio Futaleufu
Mariana, mon hôte CS
Et voilà, fin de la parenthèse tourisme, désormais c'est retour à Bariloche, au Marco Polo Inn où je vais officier derrière « mon » bar pour 2 semaines, le temps de planifier le reste de l'aventure !!!!

Argentina – El Calafate : un tête à tête avec le Géant Blanc

Non je ne te parle ni du cousin germain du Yeti, ni de celui du vendeur de mais - je sais j'ai des supers références... - mais plutôt du (fameux) Glaciar Perito Moreno - beaucoup de lieux de la Patagonie portent ce nom, en hommage au scientifique Francisco Moreno (je te laisse googler ou wikipedier pour en apprendre plus ;) ).
Fameux parce que perso j'en ai beaucoup entendu parler de ce glacier – apparemment un des rares qui "avance" (2m par jour) et dont on peut observer les mouvements - c'est un genre d’incontournable de la Patagonia argentina.

Pour le coup, quel kif d’être indépendante niveau transport, car j’ai pu y rester le temps que je voulais, soit toute la journée de 9h à 17h  - au moins j’ai rentabilisé l'entrée dans le PN Glaciares qui s’élève à $500 (pesos argentinos) pour les gringos!!! - et pas seulement les 2h imposées par une quelconque agence de tourisme.
En plus la route depuis El Calafate, à 80km du parc, est bien sympa (pas de ripio!!!).

Si t'arrives du parking bas, ça te prendra 20 bonnes minutes pour arriver au mirador principal. 20 minutes à monter/descendre les passerelles, et pendant lesquelles tu te rapproches petit à petit d'un mur blanc, sans fin.
Et plus tu te rapproches, plus l’immensité du truc devient impressionnante. Je crois que c'est dans les 70m émergés, sur une longueur de 5 km.

et en face, un mur...
il en impose, ce Perito Moreno, non? :)
Pour toi c'est peut-être long 8h sur place (et je ne pensais pas rester autant à vrai dire), mais j'étais subjuguée par ce que j'avais devant moi – je t'ai déjà dit que je m'émerveillais facilement ? :)
Et je n'arrivais pas à réaliser ce que j'avais en face : on ne voit qu'un 10e de la hauteur totale (jusqu'à 700m de profondeur, oui !), et niveau étendue on parle de quelques 30km !!!


et c'est comme ça, voire plus profond, sur 30 km... si seulement je pouvais voler!
L'avantage d'être restée toute la journée, c'est que j'ai eu la chance de le voir s'exprimer ce géant: quelques rompimientos tout aussi bruyants que visuels, et aussi des tempanos (icebergs) qui font surface tu sais pas d'où, il faut être vachement attentif (et chanceux!).
Et puis le temps changeant fait que j'ai eu droit à un arcoiris, des grietas plus ou moins bleues, le changement de couleur de l'eau aussi...bref, j'ai kiffé ! :D

t'as vu ce bleu?!
arcoiris au fond
tempano qui a décidé de faire surface
reste d'un rompimiento récent et tout proche :)
avec le changement de lumière, le spectacle est permanent
Certes tu dois payer $500 d'entrée – ça équilibre la gratuité de l'accès à El Chalten qui fait partie du même PN – mais de mon point de vue, ça les vaut totalement.
Surtout que le réseau de passerelles qu'ils ont construit est très bien foutu pour déambuler et s'éloigner des foules – attention y a pas mal de marches, donc ça fait les cuisses, jaja

adios y hasta luego señor glaciar
Sinon mon passage par El Calafate aura aussi été l'occaz de 2 rencontres sympas avec : 
- Carlos, un motard qui fait partie du MAI Argentina et qui m'a aidé pour tenter de trouver une remorque pour Qispy pour traverser les 73 malditos


- les proprios de l'hostal où je suis restée car le dueño, Dario, est paraguayen, et n'en revenait pas qu'une Kenton (marque paraguayenne) puisse arriver jusqu'ici. Et quand je lui ai dit que j'étais sur le point de passer les 10 000km, ni lui, ni sa famille vivant au Paraguay ne le croyait !^^ (ah je peux en être fière de ma Qispy) 

viva Paraguay!
Bref, El Calafate sera le point le plus au sud que nous atteindrons avec Qispy, maintenant cap sur Bariloche de nuevo!

Argentina – El Chalten : 45 km à pied ça use, ça use...

Quoi de mieux que 4 jours à El Chalten, au pied de la cordillera, à randonner pour oublier mes mésaventures à moto ?

El Chalten ou la "montagne qui fume" en tehuelche
Après avoir repris le dessus sur ma chute sur les "73 malditos", j'ai donc poussé jusqu'à El Chalten, connue comme la capitale argentine de la rando. Et je dois dire que vu toutes les possibilités que le coin offre, ça peut se comprendre.
Et j'ai eu énormément de chance niveau météo pour faire 2 grandes qui m'ont permis d’apprécier un max le paysage m'entourant :)

Beaucoup campent au pied du Fitz Roy pour aller voir le soleil se lever, mais moi camper par un froid pareil, avec ma petite tente, no gracias (toute façon je l'ai laissée à Gregores)!
Mais comme apparemment un amanecer c'est à faire, je l'ai tenté depuis le mirador des condores, très facile d'accès depuis le centre, et c’était déjà bien beau (et moins fréquenté...).

il est 6h, El Chalten s'éveille...


Après un réveil comme ça - un des meilleurs desayunos du voyage :) - je suis ultra-motivée pour enchaîner sur une bonne rando, direction la loma del pliegue tumbado.
Apparemment elle est à faire par temps dégagé et sans vent... Difficile à prévoir ça, surtout en montagne, mais je sais pas pourquoi je le sens bien pour aujourd'hui. Et la chance m'aura souri car ça aura été comme ça :D

le temps est avec moi :D
Après 2h30 de montée constante, dont une dernière ascension de la dite loma bien pêchue, je suis accueillie par une vue dégagée à 360°, sans un souffle de vent (et juste un autre randonneur arrivé un peu plus tôt) I-DE-AL :D
Non seulement 360° mais vue sur le Fitz Roy et le cerro Torre (très souvent couvert) en même temps

oui, va falloir grimper la colline sur la gauche... mais y a un autre mirador à ce niveau si tu préfères
l'effort valait le coup, non?


avec mon super bonnet de Chiloé :)
Le lendemain, le temps est couvert mais je prends quand même la direction du fameux Fitz Roy donc.
Là aussi c'est de la montée constante mais moins de dénivelé, jusqu'à la dernière partie bien raide : ils te disent 1h, mais compte plutôt 1h30 parce qu'un dénivelé de 40% (à en croire leurs chiffres) sur un chemin caillouteux comme ça, c'est pas facile – j'imagine même pas le faire à la frontale !


buenos dias señor Chalten
le soleil voudrait-il s'inviter... :)
j'adore traverser des bosques comme ça :)

oui, il faut monter la colline que tu vois au milieu... 40%...
la steppe patagonica
En tout cas, le paysage à l'arrivée est une belle récompense ; perso, ça m'a un peu rappelé la laguna 69 au Pérou.

hola laguna de los Tres y Fitz Roy

pas mal le cadre pour siroter un matecito :)
Si tu veux pas camper, je te conseille de commencer tôt depuis El Chalten car à partir de 11h30 ça devient l'autoroute :s

adios señor Chalten , y gracias :)
Voilà comment marcher dans les 40 bornes en 2 jours, et pas sur du plat – j'ai pas perdu la forme, on dirait - et ça valait le coup :)

Sinon, il y a aussi des petites randos pour se mettre en jambe vers le mirador de los condores et celui des aguilas, ou el chorillo del salto.


El Chalten depuis el mirador de los condores
lago Viedma depuis el mirador de las aguilas
chorillo del salto (faut pas croire, mais y avait du monde)
Ou à l'inverse, un trek de 4 jours, le trek du huemul, qui apparemment te fait passer par des paysage somptueux... Je ne suis pas venue dans cette optique là, et c'est pas conseillé de le faire seul,car il y aurait des passages un peu costauds. Algun dia, tal vez...

Bref, ces quelques jours de rando, dans un tel cadre, ça fait du bien :D
Maintenant direction El Calafate !

hasta luego El Chalten!