Chile – Carretera Austral : je suis venue, j'ai vu ...et j'ai été vaincue !

Avec la RN40 en Argentina, la Carretera Austral au Chili fait partie des routes mythiques (pour les motards entre autres) et était bien évidemment au programme, encore plus depuis que j'ai décidé d'acheter Qispy. Sauf que contrairement à la ruta de los lagos (Bariloche), je l'ai pas autant kiffé...

Déjà à cause d'un glissement de terrain fin 2017, la route a été coupée entre Chaiten et La Junta : l'occasion pour Qispy de continuer ses aventures maritimes jusqu'à rejoindre le bled de Raul Marin Balmaceda.

au départ de Quellon

cap sur le continent!
Contente que le trajet Chaiten-RMB soit gratuit – le gouvernement fait son possible pour sauver la saison touristique sur cette portion de la route – je n'ai même pas pensé une seconde à ce qui allait m'attendre pour parcourir les 75km me séparant de la Carretera Austral... du ripio !!!

file d'attente pour traverser un petit rio

du bon ripio...
Il y en avait du bon, du moins bon et parfois du bien bien dégueu, à tel point que.... je suis tombée pour la seconde fois, grrrrrrr !!!! Même scenario que la première chute sur la RN40 entre Malargue et Chos Malal, donc pas de photo.
Même si j'ai traversé pas mal de sections vraiment dégueu, une aura eu raison de moi... 
J'ai rien eu, mais le levier de frein arrière de Qispy a encore pris cher. Et 10 minutes après ma chute 3 autos se sont arrêtées. Durant quelques km 2 m'ont ouvert la voie lentement pour tenter de mieux marquer les huellas à suivre, puis surtout un señor m'a suivi tout du long, bien lentement, jusqu’à rejoindre l'asphalte. Avec l'émotion je ne me rappelle plus son nom ni celui de sa fille, mais j'ai tenu à prendre une photo avec eux

mes suiveurs; moi, les yeux humides? non...
Autant la première chute na m'avait pas affectée – bizarrement – autant celle-là si, et elle me fera beaucoup me questionner (cf post sur Ushuaïa).
Le moral en a bien pris un coup, surtout parce que je savais que malheureusement c'en était loin d'être fini avec ce put** de ripio de m**** !!!

Et oui, la voilà la grande désillusion de mon road trip : comme la RN40, tellement touristique cette route, que je pensais à tort qu'elle serait toute asfaltada, ou du moins du « bon » ripio...
Penses-tu! Le lendemain la traversée du PN Queulat, entre Puyuhuapi et le croisement vers Puerto Cisnes – ma seconde étape – aura été par moments digne du Dakar ! Et si j'ai bien vu qu'asphalter certains tronçons serait compliqué, por favor qu'ils essayent de niveler la piste...

ripio, oh mon ripio...
la Carretera Austral, j'y étais, un court moment...
encore un ferry au programme!
le ventisquero colgante de Puyuhuapi au loin
Bref, j'ai rejoint la petite ville côtière de Puerto Cisnes, où j'ai fait un couchsurfing/volontariat chez Marcelo que j'avais connu à l'hostal Graciela à Oruro, Bolivia – dire que ça fait déjà 1 an qu j'étais là-bas, pfiouuuuuu – et qui m'avait recommandé quelques lieux de la Patagonia chilena, dont sa ville.
Ce qu'il m'avait pas dit c'est qu'étant sur la côte, bah il y pleut... souvent... 2500mm par an ! Donc mes 3 premiers jours ça a été pluie, pluie, pluie et un peu de pluie... et pas chaud ! Je comprends pourquoi j'ai parfois eu l'impresion de traverser une jungle.
Mais grâce à lui et sa copine Noelia, j'ai passé de bons moments entre caminatas et peinture :)
Puerto Cisnes
cascade secrète...
... dont l'accès se mérite!
atardecer sur le chemin retour depuis le phare

Noelia y Marcelo
forcément, à nommer le moindre pont et cours d'eau, ils finissent par manquer d'inspiration! ^^
J'en ai profité pour plus préparer mon itinéraire – je m'étonne moi-même de tant de préparation ! - et j'ai décidé que quand je pouvais éviter le ripio, je le ferai. 
Du coup au lieu de faire le tour du lac General Carreras - à cheval entre Chili et Argentine, c'est le 2e plus grand après le Titicaca - et de me taper 300km de pur ripio – tant pis si je rate les cuevas de marmol de Puerto Rio Tranquilo et le glaciar Exploradores – bah je le traverserai en barcaza ; et puis Qispy elle aime bien le bateau :)

cap sur Chile Chico!
Qispy avait des copines pour le trajet


Et si j'avais hésité un moment à parcourir toute la Carretera Austral jusqu'au bled de Villa O'Higgins, les 700km de pur ripio, en état douteux apparemment, m'auront bien refroidie. Tant pis si je rate les paysages les plus lindos de la Patagonie chilienne, mais je suis pas prête. Sachant que pour moi la Patagonie que j'idéalisais je l'ai déjà vue entre Villa Pehuenia et Bariloche.

En tout cas, si la route en elle-même je l'ai pas kiffée, cela m'a permis de faire de belles rencontres : j'ai notamment recroisée David et Mike, 2 australiens à vélo, qui avaient campé dans la casa de Guillermo, et avec qui on avait fait la même traversée entre Quellon-RMB, mais avec qui on avait jamais pris la photo souvenir.
Et là, entre Puerto Cisnes et Coyhaique – au passage, une super route, la Carretera Asutral idéale pour moi - je les ai croisés par pur hasard en train de discuter avec Nao, un japonais qui sillonne les routes américaines à vélo depuis quasi 2 ans!!!

Carretera Austral entre Cisnes et Coyhaique
David et Mike
Et si son objectif actuel c'est rallier l'Alaska à Ushuaia, il compte pas s’arrêter là, mais mettre le cap sur l'Europe pour ensuite sillonner le continent africain jusqu'en Afrique du sud, ce qui devrait l'occuper encore 2-3 ans ! Globalement, j'éprouve du respect pour ceux qui se lancent à l'assaut de la Patagonie à vélo, mais là il fallait que j'immortalise la rencontre :)

Nao
J'ai aussi connu Tamara à Coyhaique : je l'avais contactée initialement pour un voluntariado, mais après réflexion pensais que je n'avais pas le temps de m'arrêter, et lui avait demandé de faire plutôt un couchsurfing et rester juste 2 nuits.
Sauf qu'entre son campo et sa buena onda, j'ai décidé que d'y rester 4 jours jours :)
Il parait que celui qui se dépêche en Patagonie perd son temps – le vrai dicho c'est « él que se apura en Patagonia, pierde su tiempo »...


Bref, la Carretera Austral aura eu raison de moi, mais l'aventure continue, cap plus au Sud... mais jusqu'où ?!

Chile - Dalcahue : invasion de français sur l'île de Chiloé !

Nous, les français, on est partout, je le savais déjà... 
Mais là ça a dépassé tout ce que tu peux imaginer: la casa de Guillermo et Daniela, s'est transformée en mini-colonie française l'espace de quelques jours. On a été jusqu'à 10 voluntarios, dont... 8 français !!!! Oui, tu lis bien : 8 sur 10 !!!

les seuls non français: Matilda dans les bras de son papa Guillermo, et Tété y Uri sur la droite
Alors certes, c'est toujours agréable d'en rencontrer quelques uns sur la route par moments – d’ailleurs pour moi c'est souvent la naissance d'amitiés qui n’auraient pas été possibles en France – mais là c'était trop... T'imagines ce que ça a été pour les seuls non français du groupe, Tété et Uri du Brasil ?
Bon, ça n'a pas empêché que le volontariat fut intéressant, et riche d'enseignements , surtout pour le jour où je commencerai à recevoir des voluntarios pour m’aider que ce soit pour ma casa o mon hostal :)
Sans oublier que j'en ai profité pour faire une cure de queso et de manjar – autre nom du dulce de leche – accompagné de pan, le tout 100% casero évidemment ! :)

A part le manger, j'ai eu l'occasion de voir comment faire du queso justement, depuis la traite de la vache jusqu'à l'affinage. Et grâce à Hilda, une voisine de Guillermo, j’ai pu voir un autre procédé entre autres.

Hilda, et José « Pépé » son mari, respectivement 68 et 77 ans mais loin de les paraître vu leur énergie – la vida en el campo ! – auront été définitivement LA rencontre qui aura marqué mon passage sur Chiloé.

Tété, Pépé y Hilda
D'une matinée à nous montrer leur technique pour faire du queso donc – dont un spécial à l'oregano y aji pour nous– je suis presque passé à un voluntariado dans leur casa :)

ça c'est NOTRE queso! que ricooooooo!!!!
cueillette de fraises
Avec Tété, on est retournées à 2 occaz chez eux pour aider à récolter et dépiauter le fameux ajo chilote. 
Pourquoi fameux ?! Parce que c'est un ail aux proportions impressionnantes quand tu le compares à ce qu'on rencontre communément (photos réalisées sans trucage, jaja) :

et j'ai pas une petite main...
t'as deviné lequel était le "chilote"? ;)
on a dû dépiauter au moins 50 kg!
Et un autre jour, le petit fils nous a emmené jusqu'au rio pour aller laver de la laine! Jamais j'aurais imaginé faire ça un jour !


Laine qu'elle mettra en bobine et avec laquelle elle confectionne différents trucs, comme le bonnet bien chaud qu'elle m'a offert !!!!
T'imagines ? En plus de partager tant de savoir avec nous, de nous inviter à manger, en plus elle nous offre des bonnets en laine 100% fait main...et en moins de 30 minutes !!!!

una familia tan linda :)
Bref, retour à la casa de Guillermo et Daniela, mon volontariat initial si j'ose dire, où j'ai pu déguster mais surtout voir comment se prépare l'authentique curanto, plat 100% made in Chiloé. 
Évidemment comme on est sur une île c’est en partie à base de mariscos (moules et palourdes) – j'étais prête à goûter, mais finalement non – mais aussi de carne, de chapaleles et milcaos (genre de tortillas à base de patate).
Le plus intéressant était de voir l'étape de cuisson :


feuilles (géantes!) de nalca pour séparer les différentes comidas
chapaleles y milcaos, en dernier
dernière étape: couvrir de terre
a comer!
J'ai également eu une journée pour aller voir un peu les alentours de l’île : en fait je ne savais pas mais Chiloé, c'est un archipel. Je suis restée sur la « grande » île, mais il y en a des dizaines de petites qui peuvent se rejoindre en barcaza.
Du coup je suis allée sur la plus proche de Dalcahue, l’île de Quinchao où tu sens que la vie y est encore assez typique – même si ça doit être plus le cas sur les îles plus petites et plus éloignées

la Cordillera de los Andes au fond!
je comprends toujours pas comment ces loups marins montent sur les bouées?!
sur la plage abandonnée, de Chequian...

j'ai eu la visite surprise de toninas (nom local des dauphins)
salmonera - le savais-tu? le Chili est le 2e producteur mondial de saumon!
Chiloé est connue pour ses églises à l’architecture spécifique, tout en bois (et parfois sans une pièce métallique!) ; il y en a d'ailleurs un paquet classé au patrimoine de l’UNESCO.

iglesia de Castro
iglesia de Chequian
iglesia de Matao
iglesia de Achao, sans aucune pièce métallique!!!


détail d'un mur
Si la raison de tels murs est d'éviter que la pluie s’infiltre – apparemment il pleut énormément sur l’île – moi j'aimais bien mon explication: je me disais qu'étant une île principalement peuplée de pêcheurs ils voulaient imiter les écailles des poissons... ;D

Chiloé, c'est aussi des maisons sur pilotis:


Enfin, la ville de Quellon au sud de l'île est aussi un lieu emblématique : une des extrémités de la fameuse panaméricaine, partant depuis l’Alaska. Et même si ce n'est pas dans mes projets futurs de la parcourir entièrement à moto, Qispy a eu droit à prendre la pause devant le « hito cero »


Mais si je suis allée jusque là, c'est que de Quellon j'ai rejoint le continent pour m'attaquer enfin à la carretera Austral...

port de Quellon
Et en attendant le bateau, j'ai croisé Miguel et Pamela, un couple de motoqueros ecuatorianos qui m'ont permis de connaître un truc génial, surtout pour moi qui voyage seule : le MAI, pour Moto Ayuda Internacional.
Un groupe whatsapp de motards qui sont dans le pays en question – j'ai donc intégré le MAI Chile, le MAI Argentina - qui procure infos/conseils sur les routes, itinéraires, hôtels ou certains membres te reçoivent chez eux, et aussi qui te « surveillent » : tu envoies un message avec ton itinéraire du jour et surtout tu avertis que tu es bien arrivé, sinon ils s’inquiètent ! Et en cas de pépin tu peux les contacter et ils t'aident comme ils peuvent. Ce système me rassure pas mal, je dois dire :D

Pamela y Miguel
Bref, j'ai donc eu un petit aperçu de la vie sur Chiloé, et je pense que l'archipel mérite qu'on y consacre plus de temps.

Chile – El Taique : le bonheur est dans la huerta

Après 1 mois à Bariloche, retour al campo pour une mise au vert bien méritée (pour mon foie, jaja ) et grâce à la générosité et la simplicité – sans rien de péjoratif, loiiiin de là ! - de Sarai et David, mon passage par El Taique aura été bien plus que ça :D

David, Sarai y Baltazar
Ca m'a même confirmé que la vie dans une ville, je crois que j'aurais bien du mal à m'y refaire, malgré les 20 ans et quelques passés à Marseille :)

En plus des discussions très intéressantes avec Sarai dès mon arrivée, dont l'énergie me surprend encore – toute une vie dans el campo, y a pas de secret - sa comida casera muy rica, surtout au moment de la fameuse once chilena , j'ai eu pas mal de pega et aussi eu la confirmation que je voulais vraiment avoir ma petite huerta : quel bonheur de cueillir et pouvoir se régaler directement!

cueillette de grosellas blancas
mermelada de frutillas en cours d'élaboration

grosellas rojas
j'ai appris à faire du pain! :D :D
parcelle de porotos que j'ai nettoyée et arrangée toute seule :)
de véritables morfales!
Sans oublier que quasi tous les jours, j'ai eu droit à de lindos atardeceres, que j'ai pu admirer depuis le mirador - bien mieux en vrai que sur les photos, obvio ;)





Mirador qui en moins de 5 jours, s'est transformé en local-terrasse à la seule force de travail de David et du maestro Rigo venu l'aider.
Si on me dit un jour que los chilenos son flojos, je pourrai dire que j'ai eu la preuve du contraire !

avant il n'y avait que 4 poteaux avec le toit...
Après 2 semaines, mes batteries ont été rechargées pour continuer la route vers de Sud : cap sur l’île de Chiloé ! L'occasion pour Qispy de traverser de jolis coins avant de prendre le bateau pour la première fois :)

le volcan Osorno en fond
allez, on embarque!
la première traversée de Qispy, y en aura d'autres